Revue Pantouns

La revue francophone dédiée au pantoun.

Mois : juillet, 2013

Compte-rendu du concours, par Georges Voisset

Georges VoissetNous remercions chaleureusement tous ceux et celles qui se sont lancés dans cette petite aventure du premier concours de pantoun français jamais organisé depuis que les poètes se stimulent entre eux, c’est-à-dire… depuis l’origine des temps ! Peu de poètes francais se sont essayés au « vrai pantoun ». Le jury devait-il donc, avant tout, s’attacher à ce « vrai », ou à la beauté du résultat que chacun de nous décelait ici ou là, une harmonie générale, une « voix » plus « pantounique », lorsque la forme l’était un peu moins ? Eternel débat…

La revue étant ouverte aussi bien aux « puristes » qu’aux « expérimentateurs » (pourvu que le pantoun s’y retrouve cependant !), il apparaît au résultat de ce jury, aussi impartial et dispersé qu’il se pouvait, que nous avons opté chacun de son côté pour cautionner au mieux, en première instance, le respect des « règles » de base. Rappelons qu’elles sont, grosso modo, de quatre ordres :

  • Règle 1 : rimes croisées
  • Règle 2 : deux distiques autonomes, syntaxiquement ET du point de vue de leur sens, c’est-à-dire, au minimum, qui ne doivent pas être lus de manière continue (ce qui transformerait le pantoun en simple quatrain)
  • Règle 3 : le premier distique doit avoir un lien (aussi subtil, non évident que possible) avec le second, qui lui est parallèle (si possible)
  • Règle 4: une image-message unique est contenue dans le 2e distique.

La règle 1 et/ou la règle 2 hélas manquaient dans quelques-uns des plus beaux quatrains reçus, ce qui rendait leur identité de « pantoun » imperceptible.

Batiks d’hier, batiks d’aujourd’hui
De fines mains aux doigts de braise
Vont et viennent, dansent la javanaise
Sur la soie rutilante de vie

***

Batiks d’hier, batiks d’aujourd’hui
Robes d’été sous les parapluies
Toutes les couleurs de la Terre
Réveillent mon coeur solitaire

De même, certains membres du jury ont été sensibles à la qualité de certains « pseudo-pantouns » respectant partiellement les règles ci-dessus, comme celui-ci où planait sinon l’ombre de Verlaine le « pantouMeur négligé », en tout cas celle d’Apollinaire :

Batiks d’hier, batiks d’aujourd’hui
Les saisons passent
Batiks d’hier, batiks d’aujourd’hui
L’amour repasse

Mais ils n’ont pas fait l’unanimité…

Dans un second temps, il apparaît que beaucoup des pantouns reçus qui respectaient ces règles de base 1 et 2 illustrent, par delà la qualité poétique des images ou des rythmes des uns ou des autres, la difficulté pour les créateurs occidentaux à entrer dans le système symbolique binaire, le parallélisme codé du genre, tel que manifesté dans le poème :

Batiks d’hier, batiks d’aujourd’hui
La cire chaude imprime son destin;
L’étoile filante traverse la nuit
Notre vie suspendue à son chemin.

Là est sans doute le secret du genre.

Enfin, le pantoun, qu’il soit formellement « parfait » dans sa langue natale ou « parfaitement inaccessible » dans la nôtre, est d’abord – pour nous – un poème. Une harmonie générale du rythme, l’équilibre des vers, la simplicité de l’expression, y sont des règles universelles, encore qu’une précision importante doit ici être apportée. L’oreille malaise, tout comme l’oreille française, est habituée à un rythme qui tourne autour de 8-10 syllabes. Mais là où l’oreille française tendra à privilégier un chiffre régulier, le « vrai pantoun » tendra à privilégier un nombre égal de mots dans chaque ligne, et il en est résulté, dans le choix des jurys, certaines divergences dans leur ordre de sélection des « gagnants ».

Et maintenant quelques mots sur nos « pantouns-lauréats », pour encourager nos contributeurs (j’espère) à persévérer à la fois, de ce côté-ci, sur le dur chemin d’une liberté contrôlée et, de ce côté-là, sur le dur chemin de la loi commune assimilée.

Pantouns-lauréats de lauréates pantouneuses, donc : peut-être le choix du « motif » initial était pour quelque chose dans ce « sexisme » ?

Je note ensuite que le maximum de « points » a été accordé au pantoun qui, outre le respect des règles de base, manifeste un parallélisme clair et élégant, une harmonie de rythme, une image finale très « exotique ». Peut-être l’effet de rupture binaire et l’image y sont-ils moins nets cependant que dans le pantoun suivant, auquel seule la longueur de la « tiède nuit » a pu nuire ? En tout cas, deux pantouns qui, parmi ces trois-là, ont suscité bien des débats et désaccords entre nous, qui se sont vaillamment battus au coude-à-coude (non kriss à kriss) jusqu’à l’appel du muezzin des pantouneurs – tandis que le troisième pantoun séduisait chacun de nous par la très simple et forte beauté de ses balancements et de son thème.

Mille merci à ces trois créatrices, à tous les autres « nominés » de cette belle aventure, et surtout qu’ils ne doutent pas, en poursuivant avec nous et en faisant connaître notre enthousiasme pour le « vrai pantoun » autour d’eux, qu’un jour nous leur décernerons… Quoi ? Un César ? Un Molière ?

Que nenni ! Rien moins que Le Pantoun d’Or.

Un point pour terminer, avec ceux qui voudront bien avoir assez de patience. L’idée de ce concours provient d’une vieille tradition française, celle de nos « puys » poétiques du Moyen Age, où les poètes s’affrontaient par ballades interposées, à partir d’un premier vers imposé. Un exemple célèbre en est le concours de ballades « Je meurs de soif auprès de la fontaine » où Villon et Charles d’Orléans, au moins, s’étaient affrontés, puisque nous avons conservé leurs ballades. Dans cette tradition, on peut considérer que ce premier vers était vaguement un indicateur du thème – ici, amoureux. Le pantoun, lui, obéit à une tradition à la fois similaire et différente. En effet, le pantoun n’est pas « seulement » ou d’abord un poème bref : il est une joute poétique à deux. C’est pourquoi tout en lui fonctionne par paire, et c’est par distiques que les jouteurs échangent entre eux. De ce fait, si nous avions vraiment respecté le fonctionnement malais de la compétition verbale, nous n’aurions pas donné un seul vers, mais un premier distique complet.

C’est justement pour cette raison que la créativité, le fonctionnement du pantoun, procèdent toujours par distiques séparables, et qu’il ne faut surtout jamais oublier cela !

Alors, demain, un concours de joutes par distiques, à la malaise, vous tenterait-il ?

Revue Pantouns: Numéro 6

Suite à notre appel à textes, nous recevons régulièrement des pantouns en français en provenance de contributeurs inspirés. Vous pourrez savourer la moisson de juillet en cliquant sur le lien suivant.

Nous tenons à remercier les contributeurs de plus en plus nombreux qui font vivre cette revue, pour cette édition et dans l’ordre alphabétique : Michel Betting, Brigitte Bresson, Eliot Carmin, Renuka Devi, Nathalie Dhénin, Serge Jardin, Jean de Kerno, Kistila, Cédric Landri, Marion Le Texier, Mavoie, Aurore Pérez, Yann Quero, Noëmie Sor, Jean-Claude Trutt et Renaud Voisin. Nous encourageons quiconque souhaite s’essayer à l’art du pantoun à nous envoyer leurs créations.

Ce mois-ci, vous pourrez aussi découvrir les résultats de notre concours sur le thème du batik lancé le mois dernier. Pour l’occasion, nous illustrons nos pages de plusieurs œuvres de l’artiste malaisien Chuah Thean Teng (1914-2008), considéré en Malaisie comme le père de la peinture batik. Très bonne lecture à tous et au plaisir de lire vos pantouns !

Pantouns - Juillet 2013